- C'est étrange, fit-il alors.
- Qu'est-ce qui est étrange ?
- J'ai 17 ans, j'ai traversé l'Empire du nord au sud et d'ouest en est, je me suis rendu en pays faël. J'ai bientôt achevé mon apprentissage et Sayanel, plutôt avare de compliments, affirme que je me débrouille bien. L'Ahn-Ju ne m'a causé aucune difficulté, chaque fois que je me suis mesuré à toi je l'ai emporté et pourtant ... j'ai parfois l'impression quand je te regarde, quand je t'écoute, de ... de n'être ... qu'un débutant.
Il se tourne vers elle, se dressant sur un coude pour approcher son visage du sien.
- Tu es mystérieuse. Belle aussi. Presque ... envoûtante.
Ellana se figea. La silhouette de Nillem se découpait du ciel nocturne. Si proche. Elle sentit sa respiration s'accélérer tandis qu'un étrange frisson traversait son dos.
- Tu ne l'a pas emporté chaque fois, bafouilla-t-elle sans savoir pourquoi elle prononçait cette phrase stupide.
Nillem ne répondit pas. Du bout des doigts, il chassa la mèche sombre qui barrait le front d'Ellana. Il caressa le velours de sa joue, frôla une veine qui palpitait follement sur son cou, approcha ses lèvres ...
- Tu ... Je ... balbutia-t-elle.
- Je l'emporte toujours, lui murmura-t-il à l'oreille d'une voix douce.
Ellana avait l'impression que ses muscles étaient devenus du coton. Elle mourait d'envie que la bouche de Nillem se pose sur la sienne et redoutait par-dessus tout qu'elle le fasse. Elle aurait voulu être à des milliers de kilomètres de là, et pourtant son coeur bondissait à l'idée de se blottir contre lui. Elle glissa une main hésitante derrière sa nuque, l'attira vers elle ...
- Toujours, répéta-t-il dans un souffle.
Ce fut le mot de trop.
La caresse d'Ellana devint prise de combat.
Profitant de l'effet de surprise, elle le fit basculer en arrière et le cloua au sol d'une clef imparable.
- Non, pas toujours ! s'exclama-t-elle.
La tension qui avait noué son corps s'évacua d'un seul coup et elle éclata de rire. Un rire haut et clair.
Libre.
Le nez dans les cailloux, Nillem mit quelques secondes à l'imiter. Lorsque elle le lâcha, il se massa l'épaule, simulant une douleur terrible.
- Tu as triché, gémit-il.
- C'est toi qui a commencé.
Il redevint sérieux.
- Tu n'avais pas envie que ... je t'embrasse.
Ellana laissa flotter sur ses lèvres un sourire ambigu.
- Il y a 2 réponses à cette question, comme à toutes les questions. Celle du savant et celle du poète.
- Et ?
- Et ce soir je ne te donnerai ni l'une ni l'autre.